La capitale de la République Démocratique du Congo, autrefois appelée « Kinshasa la belle », ne sera peut-être plus qu'un lointain souvenir malgré le chapelet d’intentions de Félix-Antoine Tshisekedi, Président de la République. Kinshasa ne s’en sort toujours pas de son état d'insalubrité, malgré les perfusions et les transfusions financières dont bénéficie la ville de la part du Gouvernement central. La capitale est-elle condamnée à vivre dans l’insalubrité où, dès qu'il pleut, même les meilleurs quartiers se retrouvent inondés ?
Nuisances sonores de jour comme de nuit, embouteillages monstres, insalubrité chronique, inondations à répétition et insécurité rampante : Kinshasa ressemble aujourd'hui à une mégapole sans dirigeants. Le Gouverneur de la ville, qui bénéficie pourtant d'un soutien politique et financier de la part de la haute autorité du pays, semble s'installer comme l’un des pires gestionnaires que la capitale ait connus. Fait marquant : les critiques les plus acerbes de sa gestion ne viennent pas de l’opposition, mais de sa propre famille politique, et même de son mentor.
Le coup de sang du Chef de l'État au Marché central
Face à des conditions sanitaires devenues totalement insoutenables dans la capitale, le Chef de l’État a fini par craquer. C’est le samedi 23 mai dernier, lors de l’inspection des chantiers de Kinshasa, que le vase a débordé. En plein centre-ville, au niveau du Marché central récemment construit mais non encore occupé, Félix-Antoine Tshisekedi n’a pas pu contenir son indignation devant le public face à l’état des avenues et des caniveaux ; bref, face à une insalubrité tolérée par l’autorité urbaine.
Furieux, le Chef de l’État a lâché cette phrase sans équivoque à l'adresse des responsables urbains : « Si vous n’avez pas le pouvoir, je vous dégage, et on nomme d’autres personnes ».
Jamais on n’avait vu le Président être aussi publiquement en colère dans les rues de la capitale. Que peut-on en déduire ? Quand on détient l’imperium, on ne tergiverse pas. Le Chef de l'État est-il bloqué dans sa prise de décision ? Sa famille politique et ses collaborateurs manquent-ils à leurs responsabilités pour l'épauler ?
Six mois de statu quo après le discours du Congrès
Ce n’est pourtant pas la première fois que le Chef de l’État s’indigne de l’état de saleté dans lequel est plongée Kinshasa.
Rappel des faits : Déjà le 8 décembre 2025, devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès, Félix-Antoine Tshisekedi avait dénoncé la mauvaise gestion des déchets qui obstruent les caniveaux, provoquant de graves inondations ainsi que des embouteillages monstres lors des pluies diluviennes. Devant les députés, sénateurs et diplomates, il avait souligné que ces dysfonctionnements mettent en danger la vie des habitants face aux risques sanitaires liés aux maladies hydriques. Il avait alors qualifié la crise de la mobilité à Kinshasa de véritable défi national de gouvernance nécessitant des décisions urgentes, coordonnées et courageuses.
À l'époque, il avait dressé un tableau sombre de l'insalubrité persistante, des embouteillages altérant la qualité de vie des Kinois, tout en exprimant sa vive préoccupation face à la montée du banditisme urbain.
Comment comprendre que près de six mois après ces observations solennelles du Chef de l’État, Kinshasa demeure encore plus insalubre, comme si les orientations présidentielles étaient restées lettre morte ? Pourquoi le Chef de l’État doit-il s'indigner à répétition sur le même sujet et face à la même autorité, alors qu’il dispose d’une Assemblée provinciale à Kinshasa pour statuer, d'une famille politique pour retirer sa confiance, et de conseillers pour agir ? La colère réitérée du Chef de l’État en public est un message fort dont seuls les initiés capteront la portée.
Affaire à suivre.
CKM
