Bloquée sur une plage de la cité côtière de Moanda, dans la province du Kongo Central, une baleine venue de nulle part a finalement succombé. Ce décès intervient après plusieurs tentatives infructueuses et désespérées de la population locale pour la repousser vers les eaux profondes de l'océan Atlantique.
Malheureusement, sans que des investigations scientifiques poussées n'aient été menées pour déterminer les causes réelles de l'échouage de ce pauvre mammifère marin, la carcasse a été enterrée à la hâte. Cette inhumation, organisée de manière rudimentaire par l'Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), s'est déroulée au village Makasamba, à la lisière de la cité, après une brève cérémonie coutumière locale.
Comme on pouvait s'y attendre, la gestion administrative et technique de ce cas par l'ICCN suscite aujourd'hui de vifs débats et une vive indignation à la fois au sein des milieux scientifiques et politiques de la République Démocratique du Congo.
Urgence sanitaire contre opportunité de recherche
Si du côté des autorités de l'ICCN, on soutient mordicus que cette inhumation rapide a permis de parer à l'urgence sanitaire et d'éviter la décomposition toxique de l'animal à l'air libre, les experts et les universitaires estiment pour leur part qu'il s'agit d'un immense gâchis. Selon les scientifiques, la carcasse de ce cétacé géant aurait pu constituer une opportunité inestimable pour la recherche biologique, le développement du tourisme d'observation et, à terme, la création dans le pays des fondations d'un futur Musée d'Histoire naturelle.
À en croire des indiscrétions de couloirs, c'est précisément cette grille de lecture qu'adopte le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Ce dernier souhaitait voir les responsables sectoriels de l'ICCN, du Ministère de l'Environnement et de celui de la Recherche Scientifique se mobiliser de concert et se montrer à la hauteur de leurs prérogatives techniques, plutôt que de laisser la RDC s'exposer aux critiques internationales en raison de son incapacité logistique à gérer un tel événement environnemental.
Colère au sommet de l'État :
Selon une source proche de la Présidence de la République, le Chef de l'État serait particulièrement irrité et gêné par le manque de réflexe scientifique dont ont fait montre les gestionnaires de l'ICCN. Pour le Président de la République, l'institution a fait preuve d'une incapacité manifeste à déployer en temps utile les protocoles standards de biosécurité et de conservation muséale universellement appliqués dans ce genre de situation.
Betu Kumeso
