L'opinion publique s'interroge vivement sur la réaction que réservera la composition du tribunal face à l'attitude pour le moins inattendue du prévenu Constant Mutamba. Déjà mis en cause dans des affaires de gestion financière, l'ancien Garde des Sceaux comparaissait de nouveau devant la Cour de cassation ce lundi à Kinshasa dans le cadre du dossier lié aux fonds FRIVAO.
Contre toute attente, l'ancien ministre de la Justice a manifesté avec véhémence son opposition à poursuivre sa comparution avant d'exécuter un coup d'éclat en claquant la porte de la salle d'audience.
Les griefs soulevés par le prévenu :
Constant Mutamba a motivé son départ en dénonçant de prétendues « fausses mentions » glissées par des greffiers dans sa citation à comparaître. Il a également fustigé le refus du Tribunal de Grande Instance de la Gombe d'enregistrer sa plainte visant un greffier, déplorant ce qu'il qualifie de déni de son droit à soulever des exceptions de procédure.
Refusant de cautionner ce qu'il estime être des irrégularités flagrantes, l'ancien ministre a poussé le théâtralisme judiciaire jusqu'à déclarer qu'il préférait « boire la ciguë comme Socrate » plutôt que de continuer à comparaître dans de telles conditions.
L'incompréhension des praticiens du droit
Dans le monde judiciaire, l'attitude de l'ex-Garde des Sceaux suscite la stupeur. Comment un juriste de formation et ancien premier magistrat de l'administration judiciaire peut-il adopter un comportement perçu comme une méconnaissance des règles d'usage ? Si le Code de procédure pénale lui reconnaît parfaitement le droit de récuser la composition ou de soulever des moyens de défense dans le respect des règles, rien ne l'autorise à manquer de respect aux juges en pleine audience.
Incitation au suicide : Une menace jugée préoccupante
Au-delà de l'incident d'audience, les propos tenus par le prévenu sont jugés particulièrement graves par les observateurs de la scène judiciaire. Évoquer le fait de « boire la ciguë » s'apparente, pour plusieurs juristes, à l'expression d'une menace de suicide face à l'impossibilité d'imposer son rythme à la justice.
« La justice a l'obligation légale et morale de protéger la vie et l'intégrité physique de tout prévenu comme de tout condamné placed sous sa juridiction. Lorsqu'un prévenu laisse entrevoir des intentions autodestructrices face à l'étau judiciaire, l'État doit prendre des mesures de protection immédiates », explique un spécialiste du droit pénal.
Vers un durcissement des conditions de détention ?
Afin de garantir sa sécurité physique et prévenir tout acte dommageable, plusieurs experts estiment que le Ministère de la Justice pourrait être amené à placer Constant Mutamba dans un cadre strictement sécurisé, notamment en détention préventive à la Prison Centrale. Pour de nombreux observateurs, en choisissant l'affrontement direct avec les juges, Constant Mutamba n'a fait qu'envenimer sa situation procédurale.
Betu Kumeso
